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37.Résultat des élections / Réflexion sur l’Inde

 

Ça part un peu en réflexion philosophique sur la fin… pour ceux qui ne veulent pas trop lire, sauter cet article !

 

(jeudi 21 mai)

 

Résultat des élections : 16 mai 2009

 

J’avais oublié d’en parler dans le dernier article… C’est donc le Congress qui reste au pouvoir, avec le même Premier Ministre, Manmohan Singh (qu’on voit toujours avec son turban bleu sur la tête, signe de son appartenance au sikhisme), la même présidente de l’Inde, Pratibba Patil, et la même présidente du Congress, Sonia Gandhi. Sonia Gandhi (italienne !)  est la belle-fille d’Indira Gandhi (rien à voir avec le Mahatma Gandhi malgré le nom), et la femme de Raji Gandhi, dont on fête l’anniversaire de mort demain. Ce dernier fut assassiné par les LTTE (dont les journaux parlent tous les jours ici, avec les émeutes au Sri Lanka) car il soutenait le gouvernement Sri lankais.

 

Karnataka : BJP en tête. Ce parti nationaliste hindou, qui heureusement pour les musulmans et autres non-hindous – en particulier chrétiens- n’a pas eu la majorité pour le gouvernement central, veut par exemple éliminer les écoles english-medium (où les cours sont dispensés en anglais et non en kannada, langue locale). Le BJP veut « une Inde aux hindous, et aux hindous seulement ».

Tamil Nadu : Congress, pas de changement

Kérala : Congress, et non plus communiste (pareil au Bengale Occidental). Cela ne va pas faire disparaître du jour au lendemain les meetings sur les places et bords de route, décorés de banderoles et drapeaux rouges, mais cette victoire du Congress va fortement contrecarrer les projets communistes de l’Etat (comme modifier à leur guise les manuels scolaires des enfants, entre autres).

 

Quand les gens votent, on leur fait une petite trace noire indélébile sur un ongle pour éviter qu’ils ne se présentent plusieurs fois.

 

Plus ou moins 50 % des indiens ne votent pas, étant à l’étranger ou simplement dans un Etat indien différent de leur Etat natal. Il n’y a pas de système de vote par procuration, ou du moins, beaucoup ne connaissent pas ce système.

 

 

 

Pour le pouvoir, tout est permis !

 

Comme on peut l’imaginer, beaucoup de corruption dans les votes. A la différence de notre état d’esprit français, en Inde la fin justifie les moyens. Pour accéder à un plus haut niveau social, rien de plus normal que de se servir des moyens à disposition… et la corruption n’est pas forcément immorale. C’est ce qu’explique un indien, Pavan K. Varma, dans son célèbre livre Le défi indien :

 

« Le point essentiel est que la tradition hindouiste a toujours permis une réponse raisonnablement conforme à l’impératif moral. Il n’y a pas de définitions incontestées du bien et du mal. La seule préoccupation cohérente est celle du résultat final. En poursuivant un objectif auquel on tient, la moralité n’est pas tant formellement écartée que pragmatiquement dévaluée. […] La conséquence est un relativisme terre-à-terre, une souplesse d’approche, un empressement à tailler dans l’absolu dans l’intérêt d’un objectif plus vaste. D’abord importe le succès, visible en terme de statut, de pouvoir, d’argent. Il fait son affaire des subtilités morales. »

 

Ce livre est une mine d’informations sur la mentalité indienne, il permet d’entrevoir une logique dans cette culture qui me paraît parfois n’en avoir aucune. C’est simplement qu’elle est différente et la comprendre n’est pas si aisé. Ca se fait avec le temps et ça force à ouvrir toujours un peu plus notre esprit.

 

 

(vendredi 22 mai)

 

La fatalité indienne et la recherche de pouvoir

 

Autre réponse trouvée dans ce livre, à une question que je me posais : comment se fait-il que, les étrangers étant hors castes donc intouchables (selon les écrits sacrés hindous prônés par les Brahmanes), les indiens respectent-ils autant les étrangers ? et comment se fait-il qu’ils aient pu accepter si facilement la domination des Britanniques ?

 

Dans le Défi indien, Pavan K. Varna donne une réponse :

 

« Les conquérants étaient plus puissants. Par pragmatisme, l’Indien était disposé à s’entendre avec un pouvoir plus fort. L’aversion personnelle, des ostracismes socialement imposés, les stigmates de la capitulation, toute la sophistication et les raisonnements spécieux d’une civilisation remontant à l’aube des temps ne suffisaient pas à diluer l’essentielle sagesse qui est vaine pour combattre le puissant. Dès lors que la réalité du nouveau pouvoir devenait évidente sans contestation possible, l’acceptation se transformait doucement en collaboration, et la coopération en collusion. »

 

« La poursuite d’une place dans la hiérarchie du pouvoir était un but socialement acceptable que n’entravait pas la notion de droiture. »

 

Les indiens sont donc prêts à tout, sans complexe, lorsqu’il s’agit de pouvoir et d’ascension sociale… là encore tous les moyens sont permis, et ils font même encore appel à leurs innombrables dieux pour les y aider. Rien à voir avec notre façon occidentale de voir les choses, où la collaboration avec l’ennemi est trahison, où l’acceptation est faiblesse. Mais les indiens sont fatalistes. Très loin aussi de la mentalité du peuple tibétain qui jamais n’accepterait de collaborer avec les chinois, même quand leur pouvoir est évident et instauré.

 

 

« [Les Indiens] qui avaient la meilleure connaissance de leurs propres culture et tradition se sont abaissés jusqu’à publiquement récuser leur héritage et acquérir celui des Britanniques, dans la façon de parler, dans l’habillement, dans les manières, dans le style de vie. Bien entendu, toutes les puissances coloniales cherchaient à coloniser l’esprit de leurs sujets. Mais le degré de succès auquel sont parvenus les Britanniques est indubitablement sans précédent dans toute l’histoire de la colonisation. Leur succès n’était pas tellement dû à leur propre habileté, ou à leur indiscutable supériorité militaire, qu’à l’essentielle absence d’opposition de la part de leurs sujets. Les accommodements avec le pouvoir du moment donnaient la promesse d’avantages tangibles dans l’immédiat comme dans le futur […]. Des perspectives aussi séduisantes occultaient de manière convaincante les doutes personnels à propos de la moralité d’un tel partenariat, y compris des tabous sociaux très rigoureux concernant le contact avec les étrangers. La certitude que ce pacte était humiliant – et l’Indien éduqué n’a jamais eu de doute à ce sujet – ne pouvait pas contrebalancer la docilité face à la puissance. »

 

 

Les indiens et le respect

 

Autre aspect qui porte à réflexion quand on vit en Inde : le respect de la hiérarchie. Respect absolu. Mais là encore, plein de paradoxes. Combien de fois ai-je été stupéfaite de voir le respect que me témoignaient certains, à cause de ma couleur de peau ou du fait que je sois prof. Les mains jointes dans un geste d’inclination, l’empressement à se lever, ou à accourir pour nous ouvrir une porte pourtant déjà entrouverte. La dévotion complète avec laquelle ils nous servent met même parfois mal à l’aise, avant qu’on ne comprenne que ce sont des habitudes indiennes normales.

A l’inverse, j’ai aussi ressenti parfois un certain manque de respect à cause de mon statut d’étrangère, en plus d’être une fille. Ou dans des gestes basiques : la personne qui balaie le trottoir ou la rue n’hésite pas à nous balayer également le pied si nous sommes dans son passage, ou à nous envoyer toute la poussière si nous passons dans sa trajectoire. Alors qu’en France, le moindre des respects serait de stopper son geste pour éviter d’envoyer tous les déchets sur une personne. Chaque jour ce sont des dizaines de petits gestes qui ne finissent pas de me surprendre, en bien comme en mal.

 

 

 

 

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