(vendredi 16 octobre)
Bientôt plus d’enfants des rues ?
Grâce aux centres fondés par Don Bosco, cette utopie devient peu à peu réalité… Chaque mois, en moyenne 60 enfants – si énorme que ce nombre puisse paraître – sont accueillis, la plupart sont trouvés seuls à la gare de Chennai (Madras), grande ville sur la côte sud-est de l’Inde (voir la carte). Ils sont livrés à eux-mêmes, et il est important de les trouver avant qu’ils ne fassent l’expérience de la rue. Certains viennent de très loin et ne parlent pas la même langue (ici c’est le tamoul, car on est dans la province du Tamil Nadu), ils ont pris le train et comme c’est le terminus, ils sont descendus ici. D’autres sont confiés par les parents eux-mêmes, qui n’arrivent plus à s’occuper d’eux, d’autres n’ont plus de famille et personne ne veut d’eux, d’autres ont préféré fuir car ils se faisaient battre, ou pour d’autres raisons.
Ils sont d’abord accueillis dans une maison (Royapuram) où ils restent 3 mois, le temps de discerner ce qui est le mieux pour eux pour la suite. Certains préfèrent fuguer tout de suite, mais personne ne les oblige à rester.
La première chose à faire est de retrouver leurs parents ou de les réconcilier avec eux, et, si l’enfant le veut (c’est lui qui décide, ça peut nous paraître étonnant mais c’est certainement bien mieux comme ça), il retourne vivre dans sa famille. C’est ce qui se passe pour environ la moitié d’entre eux.
Pour l’autre moitié, il y a un centre (c’est là que je loge) qui les accueille, les envoie à l’école, ils peuvent rester ici jusqu’à ce qu’ils aient l’âge de travailler. Ici aussi, certains décident de fuguer, ça ne concerne heureusement qu’une minorité.
Pour bien comprendre le fonctionnement en quelques mots et quelques photos, le blog de Denis (en lien) est clair et concis.
En fait, quand on parle de Don Bosco, c’est assez large, ça concerne
- soit les écoles (il y en a partout en Inde !)
- soit les accueils de personnes âgées, de personnes ayant le sida ou de lépreux.
- soit les accueils d’enfants des rues (avant qu’ils ne soient déjà à la rue quand c’est possible), ou d’enfants abandonnés
Je parle principalement de ce qui se passe a Chennai, mais c’est pareil dans d’autres grandes villes d’Inde, et les centres Don Bosco sont présents dans de nombreux pays.
A Chennai, Denis, volontaire MEP qui travaille ici pour un an, me fait visiter les
différents centres et m’en explique le fonctionnement. Ici à MKB Nagar, le centre qui accueille les garçons sur le long terme, il y a 4 autres volontaires : Michele, américaine, Yara, Lotte et Shur, hollandais. En arrivant, je me demande si je vais pouvoir tenir ici plus d’une heure ! à cause de l’odeur insupportable : on est entre un crématorium duquel sortent régulièrement des gros nuages de fumée noire, un égout à ciel ouvert et une décharge qui fait plusieurs hectares. C’est intenable, surtout avec la chaleur qu’il fait ! Mais après une semaine on finit par ne plus s’en rendre compte (quoique, au moins 3 douches par jours sont toujours nécessaires pour enlever l’odeur qui s’accroche à nous).
Ici, tout est à faire : il y a des ordinateurs, mais personne ne s’en sert, il y a une instit (pour les enfants qui sont arrivés après que l’année scolaire ait commencé), mais comme tous les profs indiens que j’ai eu l’occasion de rencontrer, elle fait à moitié son boulot et se moque des progrès de ses élèves, il y a une bibliothèque, mais elle n’est pas organisée et ne sert presque pas, il n’y a pas de déco sur les murs, pas d’arbres dans la cour, tout est sale. Donc tout reste à faire ! De mon côté je me suis occupée d’aménager la bibliothèque et d’y faire venir les enfants régulièrement : je n’ai jamais vu des enfants autant demandeurs ! Ils sont avides de tout ! On leur met un livre entre les mains, ils sont émerveillés ! Ils ne demandent qu’à apprendre, à découvrir, à connaître de nouvelles choses, à ce qu’on s’occupe d’eux… La journée ils vont à l’école, mais leur niveau d’anglais est très faible et ne leur permet pas de lire les histoires en anglais, mais peu importe, on lit The little mermaid (La petite sirène) à un ado de 13 ans, il est heureux et en redemande !

En règle générale en Inde, les enfants sont considérés comme vraiment pas importants, alors pourquoi passer du temps à leur lire des histoires ? Pourquoi leur mettre un livre entre les mains avant qu’ils ne sachent lire ? Quand on est prof, à quoi bon arriver à l’heure en cours ? Ils ne se rendent pas compte de l’importance de l’éducation ! (Ca a l’air d’être l’un des problèmes principaux en Inde, car apparemment c’est partout pareil…)
En tout cas, ça fait tellement plaisir de voir les enfants dévorer enfin ces livres qui restaient enfermés dans la bibliothèque !!! Et ça me semble tellement important pour eux de leur donner cette occasion…
Les après-midi, pendant que les enfants de MKB Nagar étaient à l’école, j’allais
passer du temps à Royapuram, le centre qui accueille les enfants pour les 3 premiers mois. Là encore, les enfants étaient complètement demandeurs, je leur ai appris à jongler et à jouer à des jeux bien connus comme la tomate, le béret, le Jungle Speed,… et eux m’ont appris les règles des Seven stones, et surtout du Carambo, un jeu indien dont on ne se lasse pas !

Tous ces enfants ont un besoin énorme d’affection. A part ça, ils sont comme tous les enfants : rieurs, insouciants (malgré leurs histoires douloureuses : certains ont été vendus par leurs parents, d’autres maltraités, battus, … les histoires sont aussi nombreuses que les enfants), spontanés, curieux,… Le plus jeune ici a 2 ans.
Financement et organisation
Les repas sont financés par des sponsors qui se présentent régulièrement (dans la mentalité indienne, si on fait une bonne action, on aura un good karma, on en tirera des conséquences positives dans une prochaine vie, et ça accélèrera l’accès au nirvana (la fin du cycle des renaissances) c’est pour ça qu’autant de gens sponsorisent). Lorsqu’il n’y a pas de sponsor, c’est toujours pareil : du riz avec un peu de légumes et les chapatis.
Sinon, pour le reste, Denis essaye de trouver des sponsors un peu partout : la papeterie pour qu’elle fournisse un peu de matériel, un informaticien qui puisse venir réparer les ordinateurs en panne (en panne de n’avoir pas servi !), etc, tout ce qui peut être donné, on prend !
Pour la scolarisation des enfants, elle est gratuite dans les écoles publiques, mais l’idéal serait de trouver des sponsors qui financeraient la scolarisation dans des écoles privées, au moins les profs, là, ne sont pas absents et fournissent un enseignement de meilleure qualité (ça ne peut pas être pire, de toute façon, que dans les écoles publiques, où les profs ne viennent même pas !).
Contrairement à d’autres, les personnes responsables de ces centres Don Bosco se démènent beaucoup et ne comptent pas leurs heures. Certains travaillent, on peut dire, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, ils dorment avec les enfants, ils ne prennent jamais de vacances pour ne pas laisser les enfants seuls. Ils sont admirables ! C’est en grande partie grâce à leur dévouement que les centres fonctionnent sur la durée.
Chennai, alias Madras
Pour parler un peu de Chennai, je ne trouve pas que ce soit une ville super, à cause de la pollution, de la chaleur et du bruit. Mais c’est peut-être parce que je n’ai pas l’occasion de la découvrir sous un autre angle…
Ca pourrait être agréable grâce à la mer et la plage immense, mais comme il y a des déchets partout et qu’il fait très chaud, on ne va pas se ballader sur la plage par plaisir… Il y a quand même des endroits intéressants qui rappellent la présence britannique, beaucoup de maisons coloniales, en ruines ou bien entretenues, et un fort. Il y a aussi la basilique St Thomas qui renferme la tombe de St Thomas, devenu martyre ici. J’y suis allée ce matin avec Denis et Valérie, une française
sourde muette ici pour 3 mois, que j’avais rencontrée la veille à MKB Nagar. Je ne savais pas que c’était aussi facile de communiquer avec une personne sourde muette ! Même si c’est étonnant, c’est beaucoup plus facile de discuter avec une française qui ne parle pas qu’avec des indiens qui parlent ! Il suffit qu’on articule bien, elle lit sur les lèvres, et avec les gestes et le regard, on est dans une conversation tout à fait normale. Elle a une voiture privée avec chauffeur, ce qui est bien pratique… et tout à l’heure, alors qu’on roulait en direction de Royapuram, Denis crie soudain au chauffeur de s’arrêter… on vient de passer devant une école pour jeunes sourds ! Valérie avait cherché sur internet s’il y en avait une à Chennai, mais sans succès… sacré coup de chance !! On s’y arrête, on va discuter avec le directeur et on conclut que Valérie pourra venir y travailler plusieurs fois par semaine. C’est assez comique, car le langage des signes indiens n’est pas le même que le français, Valérie ne lit pas l’anglais sur les lèvres, donc on lui parle français, alors qu’avec les indiens on parle anglais, et pour embrouiller encore tout ça, les mimiques indiennes sont différentes des nôtres, du genre pour dire oui il faut faire non de la tête… bref !
Les enfants dans la cour étaient en train de faire du sport, et comme souvent en Inde, le prof a un bâton dans les mains et n’hésite pas à frapper les enfants s’ils n’écoutent pas, bien qu’ils ne peuvent pas écouter puisqu’ils sont sourds.
Demain, c’est ma dernière après-midi avec les enfants de Royapuram, et comme Valérie m’y a accompagnée aujourd’hui et qu’elle s’y est sentie comme un poisson dans l’eau, elle va revenir régulièrement pour passer du temps avec eux, ce qui leur fera le plus grand plaisir ! Ca fait plaisir de partir en sachant que quelqu’un va prendre le relais.
(dimanche 18 octobre)

Some more pictures...
La bibliotheque a MKB Nagar

A Royapuram...
Raju le roi du jonglage !
Quand Peter le cuisinier se met a jongler...
... pour le grand plaisir des enfants !