(pour Regard en marche)

9 mois en Inde

 

Neuf mois ne sont pas de trop pour découvrir ce pays immense (6 fois la France en superficie). Pays qui surprend à chaque coin de rue : pays où le millionnaire côtoie le mendiant assis par terre, pays où l’on vénère les vaches sacrées alors qu’on ne compte plus les chiens morts sur le bord des routes. Pays où la vie grouille de partout. Pays fascinant et intriguant à la fois, dans lequel il faut apprendre à nous dépouiller de notre héritage culturel occidental pour nous ouvrir à cet Orient qui a tant de choses à nous apprendre.

 

Pourquoi avoir choisi de partir en Inde ?

Depuis de nombreuses années, un rêve ne m’a jamais quitté : celui de partir une année dans un pays en voie de développement, afin d’apporter ma goutte d’eau à de beaux projets de soutien aux plus démunis. Avec du recul, idée bien prétentieuse car lorsqu’on arrive dans un pays tel que l’Inde, le plus démuni, c’est l’étranger dans la peau duquel on se retrouve subitement.

Pourquoi l’Inde ? Après un séjour d’un mois dans ce pays, 5 ans auparavant (avec ASMAE), j’aurais plutôt souhaité me rendre dans un pays d’Asie du sud est. Mais les MEP m’ayant proposé une mission correspondant à mon profil dans ce pays, j’ai accepté et ne l’ai pas regretté.

 

En quoi consistait la mission proposée ?

Parmi les différentes expériences que j’ai pu vivre cette année (travail dans les centres fondés par Mère Teresa à Calcutta, projets d’échanges culturels d’une école indienne avec quelques écoles françaises, travail dans un centre qui accueille des personnes âgées handicapées) j’aimerais parler de celle qui m’a le plus tenue à cœur : les cours de guitare dans les centres Don Bosco. Ces centres accueillent des enfants trouvés dans les rues, les gares, les marchés. Les enfants se retrouvent seuls pour diverses raisons : fuguent car battus par leur père alcoolique, envoyés à la ville par leurs parents qui n’ont pas assez d’argent pour les nourrir, parents décédés, filles abandonnées (mieux vaut naître garçon en Inde, les filles sont souvent considérées comme une bouche de plus à nourrir) , et d’autres atrocités sans nom… les histoires sont aussi nombreuses que les enfants trouvés.

 

Les centres Don Bosco

A Bangalore, ville de 8 millions d’habitants, les centres Don Bosco trouvent en moyenne 250 enfants seuls par mois. Le but premier est toujours de retrouver la famille de l’enfant et de régler les conflits. Dans 90 % des cas, les enfants trouvés peuvent retourner chez eux, Don Bosco les sauve en quelque sorte de la vie de la rue et les préserve de ses conséquences parfois désastreuses (violence, vols, prostitution, drogue,…). Les enfants dont on ne retrouve pas de famille et ceux qui refusent d’y retourner sont accueillis dans des centres Don Bosco. Ces centres fonctionnent comme des orphelinats, mais ne subsistent que grâce aux dons de centaines de personnes. Les enfants vont à l’école, ont à manger, de nouveaux vêtements (les leur n’étant souvent plus en état d’être encore portés), des chaussures parfois, et sont pris en charge par un personnel indien, et de nombreux volontaires venant passer un mois, 6 mois, 1 an,…

Ces enfants sont épatants. Leur débrouillardise, leur autonomie, leur maturité, leur enthousiasme sont étonnants lorsque l’on connaît leur histoire, et ils ont un besoin énorme d’affection.

 

L’Inde, en quelques mots…

Difficile de décrire l’Inde en quelques lignes… En Inde, la vie se passe dehors, dans les rues : des couleurs partout, des bruits omniprésents (musique, klaxons,…), des odeurs de toutes sortes (encens, ordures, jasmin, poisson, viande qui sèche… on passe de l’un à l’autre comme on change de rue). Les femmes vêtues de saris aux couleurs vives, ce tissu de 8 mètres de long que l’on enroule autour de soi, ajoutent au charme de cette atmosphère indienne qui met tous les sens en éveil. Mais mon meilleur souvenir reste sans aucun doute les moments avec les gens rencontrés au fil de l’année… L’accueil des indiens dans leurs humbles demeures, ou au contraire dans leur maison de luxe (encore une fois, l’Inde est un pays d’extrême dans tous les domaines, on pourrait décrire ce pays avec tout et son contraire…) est exemplaire. La porte est souvent grande ouverte au voyageur qui passe ou à l’ami invité, et ce sont là des moments riches en partage – de par nos différences - que j’ai eu la chance de vivre.

 

Et la religion, en Inde ?

L’Inde est un pays très spirituel. Quelque soit sa religion, l’Indien ne conçoit pas d’entreprendre quoi que ce soit sans s’en remettre à Dieu (ou aux dieux). Les élèves se rassemblent pour la prière avant de commencer la classe ; les spectateurs et acteurs unissent leurs prières avant le spectacle ; lorsqu’un indien achète une nouvelle voiture, il ne manque pas de la faire bénir avant de l’utiliser,…

80 % des indiens sont hindous, et la deuxième religion est l’islam. Les chrétiens représentent environ 1 % et d’autres minorités (moins de 1%) sont sikh, bouddhistes, jaïns,…

La majorité des quelques chrétiens catholiques d’Inde célèbre la messe dans le rite syriaque. Je ne connaissais auparavant que le rite latin dont on a l’habitude en Europe. Cette découverte d’une église différente (reconnue par le Vatican, comme une trentaine d’autres églises catholiques dans le monde) a été très intéressante.

 

Q’est-ce que le syriaque ?

Le syriaque est un dialecte de l’araméen, langue parlée par le Christ en Palestine. L’apôtre St Thomas serait venu évangéliser le sud de l’Inde et u serait mort martyr à Chennaï. Il parlait donc le syriaque et les fidèles ont gardé cette langue d’origine pour célébrer la messe. La liturgie est très différente que celle du rite latin (ils y attachent beaucoup plus d’importance, avec plus de symboles), mais la principale différence se trouve dans la forme, et non dans le fond.

 

Que retenir de cette expérience ?

Vivre 9 mois avec des personnes ayant un regard sur le monde tellement différent de celui que nous percevons avec nos yeux d’occidentaux apprend à mieux appréhender notre propre culture. Mais surtout, cette expérience m’a enseigné une chose que j’aimerais partager : « le plus beau cadeau que l’on puisse faire à quelqu’un n’est pas de lui transmettre nos richesses mais de découvrir la sienne. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Decalage horaire (+3h30)

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