Les vidéos sur l'école en Inde et dans d'autres pays (Equateur, Mexique, Mongolie, Népal, France...) sont sur :
http://lecoledanslemonde.free.fr
N'hésitez pas à les visionner ou à en créer d'autres, de France ou d'ailleurs !


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(vendredi 5 juin)
Je suis donc passée hier à l’école et y suis retournée
ce matin, une dernière fois. En compagnie de Philip, américain de Boston à Kottayam pour 3 mois où il est venu étudier la langue syriaque (à propos du syriaque, je
viens de mettre à jour l’article sur cette langue, le no21, il était
temps…).
Un nouvel étage est construit, l’école accueille maintenant les élèves jusqu’au standard 11 (équivalent de la Première). Un vrai bonheur de passer une dernière matinée dans les classes, après l’Assemblée du matin. Les élèves se souviennent très bien des chants français et anglais que je leur avais appris et s’empressent de les rechanter !
Philip est adopté et tellement bien accueilli qu’il reviendra
certainement…
Quant aux photos des fidèles CM1-CM2 d’Airelle à Lille, elles suscitent un vif intérêt et donnent l’occasion aux élèves de revoir leur correspondant(e).
(samedi 6 juin)
En vol
J’ai quitté l’Inde sous la mousson…
Hier soir, sur un coup de tête, Philip, Abir et Alex décident de m’accompagner jusqu’à l’aéroport, ils en profiteront pour visiter ensuite Kochi et les environs.
Après une escale à Dubai, l’avion survole le Koweit puis Bagdad, et nous sommes maintenant au dessus de la Turquie. Les paysages sont GRANDIOSES !!! Le
vol vaudrait le coup rien que pour le trajet… Les montagnes arides laissent place aux plateaux anatoliens. Les villes distantes les unes des autres, perdues au milieu de ces no man’s land, sont
reliées entre elles par des routes escarpées entre les
montagnes ocres, qui deviennent verdoyantes puis boisées au fur et à mesure que nous avançons vers l’ouest. Un groupe de pompiers français dans l’avion semblent autant émerveillés que
moi par ces paysages… Cette vue sur des centaines de kilomètres à la ronde fait réaliser que l’on est vraiment petits sur la planète !! Décidément, l’infiniment grand est aussi
impressionnant, beau et mystérieux que l’infiniment petit…
Einstein disait d’ailleurs : « Le plus beau sentiment que l’on puisse éprouver, c’est le sens du mystère ; c’est la source de toute vraie science. Celui qui n’a jamais connu cette
émotion, qui ne possède pas le don d’émerveillement, autant vaudrait qu’il fût mort, ses yeux sont fermés. » Il
est en tout cas difficile de rester insensible à la beauté de tels paysages, on se sent parfois transporté !
Quant à l’Inde, j’ai eu la chance de pouvoir admirer une petite partie de ce sous-continent dans lequel on pourrait mettre six fois la France, mais ce n’est rien comparé à l’échelle du pays, il faudra donc y retourner… un jour… inch’Allah !
Si j’ai cette chance, le trajet sera : Dehli - Benares (+Bodhgaya) – Agra – Simla – Dharamsala – Manali – et pour finir en beauté, le Laddakh. Des amateurs ?
Mercis !
Je profite de ce dernier mot dans le blog pour remercier toutes les personnes grâce à qui j’ai passé cette année mémorable…
Merci à ceux avec qui j’ai fait un bout de chemin, de près ou de loin, par la présence ou la pensée. Merci à tous ceux qui m’ont accueillie, que ce soit chez eux, sur le lieu de leur mission, ou dans leur classe. Merci aux instits grâce à qui un échange culturel a pu être possible, et merci notamment aux classes qui ont réalisé une présentation de leur école. Merci à Laurent pour le vidéoprojecteur. Merci pour les mails qui m’ont toujours fait très plaisir et qui permettent de ne pas rentrer trop déconnectée. Merci à ceux qui m’ont bien rendu service quand j’en avais besoin, merci particulièrement à Valériane pour tes précieux services. Merci aux lecteurs de ce blog qui m’ont, parfois sans le savoir, bien encouragée à le poursuivre.
Et pour terminer (je ne sais plus de qui est cette
phrase) :
Je souhaite à tous des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns !
Tout en se souvenant que le plus grand des risques est de ne jamais en prendre…
Propositions
J’essaierai de mettre en ligne les petites vidéos réalisées dans les écoles indiennes. Si vous êtes instits ou que vous connaissez des instits intéressées par la projection d’une video « Une journée à l’école en Inde », n’hésitez pas à me faire signe, c’est toujours un plaisir de parler de l’Inde avec les élèves français, avides de découvertes. Et la culture indienne est une sacrée découverte, ind’escriptible, qui laisse rarement ind’ifférent…
Si vous êtes pour un certain temps en Afrique, Amérique du sud, Asie ou autre, et que vous avez l’occasion de faire une petite vidéo présentant une école dans votre pays, faites moi signe ! (pour info, windows moviemaker est très facile d’utilisation. Il suffit de filmer avec un simple appareil photo en traduisant directement en français, puis d’assembler le tout).
Si vous avez des remarques sur ce que j’ai écrit dans ce blog (des ressentis similaires, différents, des étonnements, des nouvelles de personnes rencontrées, etc…), n’hésitez pas à laisser un commentaire !
(jeudi 4 juin)
Je suis de retour dans le Kerala !
Le
s paysages sont toujours aussi beaux ici : cocotiers, bananiers, rizières verdoyantes, canaux,… Deux jours assez calmes ici avant
de rentrer en France, le temps de repasser à l’école, de faire une dernière ballade sur les backwaters et de mettre à jour ce carnet de bord apres cette dernière semaine bien remplie à
Bangalore…
Dernier cours de guitare
A Sumanahalli, vendredi, c’est fini. Je dis un dernier au revoir, à mes élèves de guitare.
Jean va remettre en route un groupe de débutants, car d’autres jeunes comme Santosh, Anu, ne demandent qu’à commencer.
Lingaraj, John Paul, Imron, Saravana
Weekend à Mysore
Mon dernier weekend en Inde fut un avant-goût de France, avant de la retrouver pour de vrai 8 jours après. Retrouvailles bien agréables à Mysore avec d’autres volontaires MEP : Bérénice et Violaine venant de Coonoor, Tiphaine, de Trissur, Jean, Guillaume et moi de Bangalore, et Stéphanie et Eloi de Mysore.
Ici, ça va de soi de faire 4 heures de route pour retrouver des amis pour un court weekend, on ne réfléchit jamais au temps que nous prendra la route. Meme si c’est 15 heures de bus de nuit, ce n’est pas un problème.
Pour les cours de guitare, je mettais plus de temps dans les rickshaws et bus que sur place, mais peu importe, l’essentiel était d’y aller ! C’est un état d’esprit qui sera un peu décalé en rentrant en France, certainement. La notion de temps est différente, ici le temps n’est pas un obstacle. Comme le dit Nicolas Bouvier, « Le temps coule plus gros en Asie que partout ailleurs. » C’est un peu vrai ! Quand j’ai réalisé que dans quelques semaines je rentrais déjà en France, j’ai acheté une montre dans un petit boui boui sur la route. Mais elle n’est finalement pas restée longtemps à mon poignet… mieux vaut avoir le temps que la montre ! Ce que j’aime beaucoup aussi ici, c’est la disponibilité des gens.
Soirée sympathique chez Vishu, en compagnie de maldiviens et mauriciens amis et étudiants d’Eloi, sous des airs de guitare créoles et français. A l’île Maurice les gens parlent français et anglais, mais entre eux parlent souvent le créole, un français déformé assez comique.
Dimanche dernier, c’était aussi un avant-goût de
France mélangé
à un arrière-goût d’Inde au niveau gastronomique : breakfast au nutella de
Stéphanie avec un bon sweet lassi sur la terrasse habituelle, puis lunch chez
Jerry et Christilda (dont j’ai déjà parlé lors d’un autre repas chez eux) avec poulet pdt moutarde, un vrai repas français - un régal - avec en dessert les délicieuses mangues que je continue de
savourer à presque chaque repas. C’est la saison et on en trouve partout sur le bord de la route, il en existe des dizaines de variétés différentes.
Puis, comme lors de mon dernier trajet Mysore-Bangalore, on finit la route sous un orage… pas facile de ne pas se faire tremper ! Mais on sèche tellement vite que ce n’est pas un problème, même le soir.
Au revoir aux sick people, sisters, staff
Et lundi, dernier jour à Bangalore ! A cette occasion on emmène tous les sick people dans le jardin pour faire un pique-nique. Kamala me propose de m’accompagner en France pour être ma domestique ! Tandis que Rosama veut se cacher dans ma valise…
Rita, Kamala, Rosama
Mary kutty
Papama, Krishna Mary
Magdeleine Antonia
Ma
Beaucoup ont un peu perdu la tête et ne comprennent pas
quand je leur dis
au revoir que je ne reviendrai plus. C’est
fou comme on peut redevenir comme un enfant en vieillissant, ça fait peur… Ne plus être
capable de se laver, s’habiller, se nourrir, se déplacer soi-même. Ni penser, réfléchir, se souvenir. Toutes les facultés se dégradent de mois en mois à une allure
parfois très rapide. Et se redisputer comme des enfants pour des broutilles. Faire des caprices. Voir défiler les jours en attendant de mourir (ce qui est le cas pour beaucoup d’entre eux).
J’espère ne pas vieillir ainsi ! C’est bien triste et parfois déprimant, je ne pourrai pas travailler dans ce domaine toute ma vie, bravo à ceux qui le font !
Heureusement, il n’y a pas que des personnes âgées malades et j’avais souvent aussi l’occasion de passer un peu de temps avec les autres personnes âgées, parfois pleines d’entrain et de gaieté, heureuses dès qu’on parle avec elles.
<Robert
Paul Mickael
Au revoir aussi aux sisters, qui se donnent complètement dans cette vie de service, pas toujours facile. Mais qui gardent leur bonne humeur et toute leur énergie.
Au revoir à Maria, avec qui j’ai passé la plupart de mon
temps avec les sick people, et au revoir aux autres membres du
staff.
Et pour finir, au revoir Bangalore !
Au revoir à cette ville en pleine effervescence
avec du monde partout mais qui ne manque pas de charme malgré tout. Des couleurs, des odeurs, des klaxons, la pollution, des motos, des rickshaws, des vaches en plein milieu de la route ou
reniflant un tas
d’ordures, des paires de buffles tirant une
charrette, des gens partout se faufilant à travers les véhicules, de la musique dans la rue, parfois même dans les rickshaws, avec le son monté au maximum pour faire concurrence aux bruits des
klaxons. Bref, un vrai remue ménage, à l’image de l’Inde. Un vrai remue-méninge également (;-)Delphine) à la vue de ces différents mondes qui se côtoient
dans une même ville, sur un même trottoir, dans les mêmes gares.
Certains sont passionnes par l Inde et d autres se demandent bien comment on peut aimer ce pays. Je ne dirais pas que j’aime tout en Inde car il y a beaucoup d’aspects avec lesquels j’ai toujours beaucoup de mal, d’autres aspects qui me révoltent, mais l’Inde a aussi un côté passionnant, qui me manquera d’ailleurs beaucoup quand je serai en France. Ce côté attachant, c’est la vie qui grouille de partout ! Dans la rue, il se passe plein de choses : on fait rarement cent mètres sans adresser la parole à quelqu’un, sans être surpris par quelque chose. Dans les rickshaws ou les bus, à un feu rouge, on peut se mettre à commencer une conversation avec les gens dans le rickshaw ou la moto d’à côté, et quand le feu passe au vert, la discussion se termine aussi subitement qu’elle avait commencé. Quand on demande la route ou un service, parfois les gens quittent ce qu’ils sont en train de faire pour nous accompagner et nous aider, bien plus qu’on ne l’aurait espéré. Quand on est assis dans un cyber ou qu’on attend quelque part, si on est près d’une échoppe de thé on nous en offre parfois spontanément un gratuitement sans qu’on ne l’aie demandé (ça c’est plus souvent dans les quartiers musulmans, ça fait partie de leur culture).
Et puis, surtout, ce que j’ai énormément aimé, c’est l’accueil des gens. Je
repense aux passages chez Saritha et sa famille, un de mes meilleurs moments en Inde. Dans la petite pièce principale, frappante
par son dénuement, on a passé la semaine dernière une soirée mémorable avec les
cousins, tante, parents, sœur. Mais ce sont des moments irracontables, il faut venir en Inde pour y goûter ! C’est dans ces moments là que je goûte vraiment à l’Inde et l’apprécie
intensément, ces moments ne manquent pas de piment…
Un autre aspect qui m’a plu en Inde, comme souvent à l’étranger, d’ailleurs, c’est de se retrouver confronté chaque jour - et sur du long terme - à une réalité différente de celle que je connais. Tout est tellement différent que notre regard sur les choses qui paraissaient « normales » auparavant s’en trouve changé. Ca apprend l’ouverture d’esprit et à quitter les petites visions étroites qu’on peut parfois avoir. Ca apprend à se garder de tout jugement lorsque l’on ne connaît pas. Et à essayer de comprendre ce qui paraît au premier abord incompréhensible. Bref, un remue méninge forcé mais qui ne fait pas de mal.
Bangalore en photos
>en attendant le feu vert, les motos reussissent toujours a se faufiler pour arriver devant tout le monde, quitte a rouler sur les trottoirs
quand il n'y a plus de place sur la route. puis ce sont les rickshaw, puis les voitures et pour finir les bus. ranges du plus petit au plus grand... et demarrant dans un nuage de fumee noir des
que le feu passe au vert.
>
voiture decoree a l'indienne, paree pour le mariage !
> A Bangalore on trouve parfois des poubelles dans les rues
des bus souvent
bondes, les passagers sautant dedans
en cours de route
> "portez un casque pour votre securite"
le chauffeur doit porter un casque , sous peine d'amende, mais pas les passagers de sa moto...
>
les femmes, souvent en sari, s'assoient ainsi sur les motos, les deux jambes d'un cote (comme en Chine sur les porte bagages des velos)
> vendeur de jackfruits (fruits au gout de malabar)
>
une portion de
la gare routiere
des affiches publicitaires partout :
si bien qu'une foule de noms que l'on voit bien 10 fois par jour vient spontanement a l'esprit : Airtel, Vodafone, Bata, CoffeeDay, Aircel,
Fabindia, CoromandelPower, TataMotors, TataIndicom, Eicher, Maruti, BharatPetroleum, IndianOil...
> qu'on soit au milieu d'un
champ ou en plein centre de Bangalore, les affiches publicitaires sont souvent de taille astrologique, comme en temoigne cette affiche (a Kottayam). pas tres cosmique tout
ca.
De retour dans le Kerala !
Dernier train en Inde, je savoure ! Le matin, je me réveille sur des paysages magnifiques qui défilent sous mes yeux pas complètement réveillés, plus de limite entre le rêve et la réalité …
Ballade sur les backwaters
Je rejoins Céline et ses amis à Munujipuzha (près
de Vaikom) : journée sur un bateau en bambou qu’on troque ensuite contre une barque, nous laissant glisser avec bonheur dans cet univers paisible, d’une beauté à couper le souffle. Au début
la pluie, bien appréciable, puis un soleil de plomb. Des hommes en pirogue vont chercher du sable au fond de l’eau pour le vendre ensuite. Les plongeurs ont
le teint plus noir que les rameurs. Encore une histoire de caste,
certainement : plus on est noir, plus la caste est basse en général. Plongeur doit donc être plus bas que rameur. Comme tanneur est plus bas que tailleur.
Nous nous arrêtons chez quelqu’un dont le métier est de faire de la corde : il suffit de laisser tremper des noix de coco dans l’eau pendant six mois, puis comme par magie les femmes sortent une corde à partir de ces fils de noix de coco entassés dans un sac. C’est parfait, il me fallait justement de la corde car mon sac est prêt à craquer, je crains qu’il ne tienne pas le coup jusqu’à l’aéroport samedi, après avoir été ballotté dans tous les sens… Je n’aurais pas cru trouver le nécessaire dans ce petit village accessible en bateau seulement !
Rien de tel qu’un petit plongeon pour nous rafraîchir. On est trèèèès loin de la pollution de Bangalore !!! Les kéralais sont souvent qualifiés de chauvins, mais on les comprend facilement, vu la nature environnante dont ils peuvent se vanter !
Sur un coup de tête, je raccompagne Céline, Natalène, Laure et Sébastien à Kochi, nous y flânons dans les ruelles de Fort Kochi, la vieille ville, puis je les quitte à l’embarcadère et 2h30 plus tard, après un trajet en bateau-rickshaw-bus-re-rickshaw, me revoilà à Kottayam. Céline reste encore un mois en Inde, avec les personnes âgées à Goa (blog en lien), tandis que ses amis rentrent samedi soir en France, après un bon périple dans le sud de l’Inde.
Passage surprise à l’école de Pampady !
Ce matin, je suis donc repassée à l’école. Les vacances d’été (avril-mai) sont terminées et tout le monde a repris le chemin de l’école, on recommence à voir des enfants en uniforme dans les rues…
Suite demain
(mardi 26 mai)
Farewell programme at Sumana Halli
Hier, après le cours de guitare, je reste à Sumanahalli pour la soirée, il y a apparemment un programme pour
mon départ, et celui de Brother Shino. Ca me rappelle beaucoup le farewell programme de Pampady et encore une fois, je serai bien triste de les quitter tous ! Lingaraju joue un air
de
guitare, Santosh chante une chanson en kannada, des danses, un
spectacle de bâton du diable, puis les habituels petits mots pleins de reconnaissance, c’est touchant. J’ai l’impression qu’en Inde les gens parlent très directement, sans détour, que ce soit
pour critiquer comme pour complimenter. En France on aurait une certaine pudeur dans les mots et on témoignerait de notre gratitude à travers un cadeau, un bouquet de fleur.
Gestes indiens
Hanna et Inès, allemandes, volontaires au centre Bosco Mane, ont aussi passé la soirée là. Lors d’une discussion sur notre retour imminent, nous parlons des gestes indiens qui nous sont désormais naturels… et nous nous apercevons avec un brin d’étonnement qu’on ne réussit plus à faire naturellement les gestes occidentaux comme « viens », « non », « un, deux, trois »… mais ça reviendra vite une fois rentrées !
L’anglais indien, pour les anglicistes
Un ptit mot sur l’anglais indien, ou l’indien anglais :
On prononce les th comme des t, les w comme des v, les r sont roulés.
On met des no à la fin des phrases.
Et des itself et only un peu partout. Par exemple à la question Where do you live ? on répondra souvent here itself, ou here only.
Et tout ça avec une tonalité particulière : par exemple everything se dira eeeeeeeeverything.
Avec le staff de Don Bosco à la gare.
Presque 300 enfants par mois sont trouvés et pris en charge.
J’avais demandé à Fr Cyriaque s’il est possible d’accompagner
un jour le staff à la gare ou sur le marché, et il m’a proposé d’y aller ce matin.
Super accueil dans la petite cabine platform 2 (au passage : je ne finirai jamais d’être émerveillée par l’accueil des gens en Inde !). Vinarasi, alias Viny, est toute heureuse de me
voir car apparemment je lui rappelle une amie allemande qui est passée par ici il y a quelques années. Elle m’explique de nombreuses choses sur les enfants trouvés, sur la façon dont les membres
du staff Don Bosco agissent… C’est toujours très intéressant.
Pour rappel, ils trouvent entre 250 et 300
enfants par mois (à Chennai : entre 60 et 120), la priorité étant toujours de retrouver leur famille. Ce qui est le cas pour 90 % d’entre eux.
Les autres sont accueillis dans différents centres, selon ce qui est le mieux adapté pour eux. Il y a aussi deux
open-shelter : pour les enfants qui préfèrent rester dans la rue, on leur offre dans ces shelters de quoi manger et un abri pour la nuit s’ils le souhaitent. C’est aussi un moyen de garder
contact avec eux pour leur proposer ensuite d’être accueillis dans les centres et d’aller à l’école.
Alors que nous marchons, Viny a l’œil ouvert, et n’hésite pas quand il le faut à dire à un enfant de retourner auprès de ses parents, leur expliquant ensuite de ne pas
laisser leur enfant seul loin d’eux. Les hotel brokers ne sont pas rares.
- Les hotel brokers ?
- Ce sont les gérants d’hotel qui sont à la recherche de main d’œuvre : pour la vaisselle, le ménage, etc. Ils proposent un travail sous-payé aux enfants, et parfois ne les payent même pas à la fin du mois.
- Que peut-on faire si on voit un enfant travailler dans un hôtel ?
- S’il a moins de 14 ans, il faut absolument avertir quelqu’un, téléphoner à la childline (ligne téléphonique pour l’aide aux enfants : 10-9-8) par exemple. Il y a aussi beaucoup de problèmes de prostitution, il faut être vigilant. Ou parfois, des personnes menacent au couteau des enfants seuls et les forcent à les suivre, les disparitions sont nombreuses, c’est donc toujours mieux de prévenir.
Un peu plus loin, Viny porte son regard sur un enfant assis à côté d’un jeune homme. Elle s’approche et demande à celui-ci s’il connaît l’enfant, qui se met à pleurer.
Tout en douceur, elle lui parle, et l’emmène dans la cabine Don Bosco, où le staff va ensuite s’occuper de l’aider à régler ses soucis. Pendant le counselling pris en charge par un autre membre
du staff, Viny continue à m’expliquer…
- Comme l’école recommence en juin, on trouve beaucoup d’enfants en juin juillet août, ils s’enfuient car ne veulent pas aller à l’école.
- Ils n’aiment pas l’école au point de s’enfuir… Il doit y avoir des problèmes à l’école, ils ont peur de quelque chose ? Des professeurs ?
- Ca dépend, si les professeurs les aiment bien, ça va, mais sinon, ça arrive qu’ils les frappent ou ne les respectent pas. Parfois les parents font des
cadeaux ou donnent de l’argent, ainsi ils sont sûrs que le maître sera bon avec
l’enfant. Mais moi je n’ai pas assez d’argent pour en donner au professeur, pourtant je serais prête à tout pour que mes deux filles aient une bonne éducation. L’année
dernière, je n’ai pas pu payer d’un coup les 6000 roupies pour l’inscription, alors j’ai donné 3000 pour donner le reste ensuite. Alors le maître s’est mis à punir ma fille pour rien, la laisser
à la porte toute la journée pour des broutilles. Comme mon mari boit, les 4000 Rs que je gagne par mois ne sont pas suffisant. En plus, mes parents sont décédés tous les deux à un mois
d’intervalle l’an dernier, ça n’a pas aidé.
- Je pensais que dans les écoles privées, les enfants étaient plus respectés que dans les écoles gouvernementales (publiques)… Apparemment pas toujours. Pourquoi alors as-tu préféré inscrire tes enfants dans le privé ?
- Je sais que c’est plus cher, mais je veux que mes filles aient une bonne éducation, et dans les écoles gouvernementales, les professeurs n’ont aucun diplôme, comment peuvent-ils enseigner des choses aux enfants s’ils n’ont pas eux-mêmes les connaissances ? Et puis les cours sont en kannada, je veux que mes filles sachent bien parler l’anglais, c’est important.
Un peu plus tard, dans le rickshaw…
- C’était mon mari au téléphone. Il veut que je lui apporte de l’argent.
- Ne lui donne pas, il ne faut pas que ton argent parte dans ses boissons… Garde le pour toi et tes enfants !
- Mais je ne peux pas… What to do ? What to do Ma ?
Voyant que cela lui fait du bien de parler, je n’hésite pas à lui demander :
- Il te bat sinon ?
- Oui, le soir.
- Il faut faire quelque chose. Tu en parles à quelqu’un ?
- A qui pourrais-je parler ? Je pouvais parler à mes parents, avant, mais maintenant ils sont morts. Il faut se méfier quand on dit des choses. Mon mari pourrait à son tour dire tout ce qu’il veut sur moi, et ce serait pire.
Dans la culture indienne, la réputation et le regard des autres comptent énormément. Se retrouver exclus d’un groupe est la pire des choses qu’il puisse arriver à quelqu’un. Ici c’est une société de groupe, et non pas une société centrée sur l’individu, comme chez nous où l’on est, par conséquent, beaucoup plus libre.
Après réflexion…
- Oui, je ne sais pas ce que tu peux faire, et tu n’es certainement pas la seule dans ce cas.
- What to do Ma ? What to do I don’t know.
Encore et toujours, ce sentiment d’impuissance.
- Je vais continuer à travailler et à prier, et ne pas baisser les bras. Mes enfants auront une bonne éducation, c’est le principal, je ne demande rien d’autre. Et puis, quand c’est plus dur et que je me sens seule, Dieu répond à mes prières et m’envoie toujours quelqu’un pour m’aider et me soutenir. Toujours. Regarde, aujourd’hui c’était toi. Je garde confiance.
Et dire qu’elles sont des milliers dans son cas, voire plus si on se réfère à l’échelle mondiale, à se retrouver dans le cercle vicieux du mari alcoolique et des enfants à nourrir. La childline, les centres Don Bosco et de nombreuses autres initiatives et ONG s’occupent des enfants, ce qui est déjà très bien. Enormément d’initiatives aussi partout dans le monde à travers le microcrédit et les groupements de femmes, pour aider des gens motivés à sortir de la pauvreté. Mais dans le cas de Viny, que faire ? (Quelqu’un a-t-il une idée ?) Et la culture indienne ne facilite pas la tâche.
Ceci dit, tout ça ne l’empêche pas d’avoir de l’énergie à revendre et de faire son métier avec passion ! Elle me dit même à plusieurs reprises qu’elle remercie souvent Dieu car Il lui a donné un très beau métier : sauver des enfants.
(lundi 25 mai)
Soirée crêpes !
Hier soir, j’ai préparé des crêpes pour la vingtaine de sœurs qui vivent ici… avec les fourneaux puissants de la cuisine, c’était du rapide ! Toutes ces religieuses vivent en communauté au sein de ce centre qui accueille les personnes âgées. La fondatrice de leur congrégation (« Les petites sœurs des pauvres ») est française : Jeanne Jugan, canonisée en octobre prochain. Toutes ont donc passé une ou plusieurs années en France et retrouvent donc avec plaisir la saveur des crêpes ! Elles appellent ça les french dosas ! Les dosas sont un genre de crêpes faites à base de farine de riz, que l’on mange accompagnées de sambar (sauce rouge pimentée) et chutney (sauce blanche à base de piment + noix de coco).
J’ai donc passé une soirée avec elles… et à vrai dire je ne m’attendais pas à passer une soirée si drôle ! Aussitôt le repas fini, une sœur se coiffe d’une perruque multicolore par-dessus son voile et fait rire tout le monde aux éclats à travers un sketche bien comique. D’autres prennent le relais, les rires fusent toute la soirée… Elles veulent forcément que je fasse quelque chose aussi, on enchaîne sur le fameux « Dans ma maison sous terre » qui plaît à tous les coups et les fait bien rire, et au tour de magie avec la pièce, avec lequel la sœur à la perruque s’en redonne à cœur joie.
En Inde, on croise souvent dans les rues des religieuses en habit, des musulmans portant le …., parfois des moines bouddhistes en tenue bordeau et jaune, souvent des hindouistes sortant du temple avec la poudre rouge ou jaune entre les deux yeux, accompagnée parfois des traits de poudre blanche sur le front. La religion est partout présente. L’Inde est un pays très spirituel, comme de nombreux pays d’Asie. Et l’une des premières questions que l’on se voit souvent poser est : « Quelle est ta religion ? », au même titre que « Quel est ton nom ? ». Il est impensable pour un indien d’être athée. On est très loin du matérialisme occidental. Les temples hindous, les quelques églises catholiques, et certainement les mosquées, regorgent de fidèles. Les séminaires regorgent de jeunes souhaitant devenir prêtres, les monastères sont pleins de jeunes futurs moines, et ce désir est reconnu par la société comme admirable et noble. Tout ce qui touche à l’âme, au sacré, revêt une importance particulière ici.
Petite histoire orientale
Une chose est sûre, l’Inde fait beaucoup réfléchir, qu’on le veuille ou non… Toute personne qui est venue ou a vécu en Inde a forcément ce même constat, on ne peut y échapper !
J’en profite pour faire part d’une histoire tirée de Paraboles d’Orient et d’Occident, qui porte à réflexion :
« Il y avait autrefois, dans la plus sainte des villes de l’Inde, un roi très sage. Il convoqua un jour dans son palais quatre aveugles de naissance. Puis il fit introduire un éléphant dans la grande salle du trône. Il dit alors aux aveugles :
- Vous allez toucher cette grosse chose et me dire ce que c’est.
Le premier toucha la queue et dit :
- C’est une corde.
Le deuxième toucha une patte et affirma sereinement :
- C’est de toute évidence un tronc de bananier !
Le quatrième toucha le ventre et s’exclama :
- C’est une barrique !
Ils se mirent à se disputer et à en venir aux mains. Aucun d’eux n’avait raison car ils n’avaient touché qu’une partie de l’éléphant. Ils avaient une perception partielle de la vérité. Chacun avait sa propre vérité. Est-ce pour cela que la Vérité n’existe pas ?»
Comme le dit un proverbe chinois, « la Vérité a mille visages. »
Edouard Cortès, dans son livre « PARIS-SAIGON » (passionnante expédition de 2 amis en 2CV de France au Vietnam !), s’exprime sur cette parabole orientale :
« Et pourtant, il y avait un éléphant. Tout dialogue s’avère donc impossible quand l’être humain devient le seul point de référence. La vérité des choses ne tient donc pas dans l’idée qu’on s’en fait. La sincérité d’un jugement n’en fait pas la valeur.
Partir en voyage, c’est réagir. Réagir contre le risque du scepticisme. Réagir pour qu’au contact du
monde réel, l’intelligence soit en accord avec la vérité du cosmos, la vérité de l’être humain. »
Eve-Marie Dequidt (french volunteer)
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INDIA
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